L’introduction est déterminante. En effet, elle indique au correcteur si vous avez compris le texte. Il faut la rédiger en dernier lieu, après avoir élaboré votre plan. Vous pouvez, bien sûr, prendre des notes la concernant sur votre premier brouillon, mais si vous voulez qu’elle soit efficace, il faut la rédiger à la fin, après avoir compris l'intégralité du texte, sans quoi elle ne correspondra pas à votre développement. 

    On peut dire que l'introduction résume votre propos. C'est particulièrement le cas de la thèse et du plan. Toutefois, sa fonction spécifique est de montrer  à quel problème répond le texte et quels sont ses enjeux

    L’introduction expose impérativement le problème auquel répond le texte (ainsi que ses enjeux), la thèse du texte et les grandes lignes de l'argumentation (grâce au plan). 

    En bref, une bonne introduction met le correcteur en confiance et donne des indications sur votre développement. Une bonne introduction doit être claire, bien structurée, sexy et racoleuse – pour satisfaire ces deux derniers points, il faut donc éviter les inélégances (“de la ligne tant à tant”, “l’auteur, un grand philosophe”, “la problématique du texte est”, etc.). 

    Que doit-on trouver dans une introduction ?

    Vous pouvez trouver des conseils de rédaction différents chez des professeurs différents. Tous s'entendent néanmoins sur le fait qu'une introduction expose le problème et les enjeux, la thèse et le plan du texte. Les différences portent sur la forme, pas sur le contenu. Ici, je propose un certain nombre de règles qui, dans le cadre de mon cours, doivent impérativement être suivies – à moins bien sûr que vous parveniez à faire quelque chose d'excellent autrement. Ces conseils ne sont pas arbitraires. Il me semble que cette façon de procéder est la plus simple et la plus efficace. 

    Règle 1
    La structure de l'introduction 

     
    L’introduction doit exposer successivement le problème posé par le texte, la thèse, puis  le plan du texte, dans trois paragraphes distincts. 

    (!) L'accroche – L'introduction peut éventuellement débuter par une accroche exposant les enjeux du problème et mettant le texte en perspective, annonçant en cela le problème. L’accroche peut partir de l'analyse d'un film, d'une analyse littéraire, d'une analyse historique, etc. Mieux vaut se passer d’accroche si on ne dispose pas d'une bonne idée. Toutefois, il est souvent assez facile de réaliser une bonne accroche. Il est également possible de combiner L'accroche et le problème dans un même paragraphe. 

    Une accroche n'est pas destiné à enjoliver le devoir. Elle ajoute quelque chose, notamment une mise en perspective du texte. C'est en cela qu'elle suscite l'intérêt du lecteur. 


    En résumé, la structure de l'introduction est la suivante :

    §1 Accroche 

    §2 Problème (si vous n’avez pas posé le problème dans l’accroche, faites-le dans un deuxième paragraphe). 

    §3 Thèse (Allez à l'essentiel, mais ne simplifiez pas)

    §4 Plan (le plus clair et le plus bref possible).

    (!) L'introduction ne doit pas être trop longue. Une introduction trop longue, notamment un plan trop long, indique que vous vous attachez à trop de détails. 

    Règle 2

    Formuler le problème

    Pour formuler le problème, il faut partir d'une question générale indiquant de quoi le texte va parler (on parle parfois du thème du texte) et aboutir à une question précise – ou plusieurs –  qui constituent une façon particulière de résoudre la question générale. Le problème est ce qui se trouve entre ces deux questions : (!) le problème n'est donc pas une question

    (!) Les questions ne doivent pas être distinguées du problème par des sauts de lignes. Le § doit être un bloc. 

    L'auteur défend une thèse précise, qui constitue une réponse à une question précise :  il peut soutenir, par exemple, qu'un mensonge n'est pas une erreur, parce qu'un mensonge est intentionnel, tandis que l'erreur ne l'est pas, ce qui implique que le mensonge s'oppose à la fois à la vérité et à la sincérité, tandis que l'erreur s'oppose à la vérité et à l'absence de sincérité.  La question précise porte sur les différences entre l'erreur et le mensonge : qu'est-ce qui distingue une erreur d'un mensonge ? 

    Cette question précise permet de départager des thèses répondant à une question plus générale.  On peut remonter à la question plus générale à laquelle s'intéresse le texte, dans l'exemple précédent, celle de la nature du mensonge : qu'est-ce qu'un mensonge ? Il est clair qu'en répondant à la question précise, on répond également à la question plus générale. 

    La question précise constitue toutefois une façon parmi d'autres d'aborder la question générale. On aurait pu aborder le mensonge d'un point de vue moral, par exemple. Le problème doit donc montrer le rapport entre la question générale et la question précise. Il faut montrer pourquoi, pour résoudre la première question on pose la seconde. Il faut donc justifier qu'on pose la seconde question. Si on reprend notre exemple, il faut montrer qu'il est nécessaire de distinguer l'erreur du mensonge puisque la plupart du temps, on se contente de définir le mensonge comme le fait de dire le faux, opposant le mensonge à la fausseté, ce qui en donne une définition incomplète. 

    (!) Une façon de trouver la question générale, si elle n'est pas explicite, est de remonter vers elle à partir de la question particulière. Cela suppose des connaissances philosophiques. 

    Formuler un problème consiste à montrer comment le texte comprend la  question générale et  explique pourquoi le texte pose la question précise.  

    (!) Vous confondez souvent le problème avec une problématique, donc avec une question. Or, poser un problème consiste à montrer la nécessité d’une question (qu’on peut appeler la problématique si l’on veut, mais ce terme est égarant). 
     
    Règle 3
    La thèse

    La thèse est la réponse que l’auteur apporte à cette question particulière, mais elle indique aussi sa perspective sur ce problème. Il faut donc que l'exposé de la thèse réponde bien à la question que vous venez de poser. Ne rentrer pas dans les détails inutiles, mais dites-en suffisamment pour qu'on comprenne bien la spécificité de la thèse de l'auteur. Exposez la thèse clairement et explicitement. 
     

    Règle 4

    Le plan

    Le plan doit indiquer la structure du texte, c’est-à-dire les étapes par lesquelles passent l’auteur dans son texte. Chaque partie du plan doit avoir un rapport avec le problème posé. Si ce n’est pas le cas, c’est que vous n’avez pas compris le texte. Dans le plan, vous pouvez laisser de côté les points de détails : ne doivent figurer que les grandes lignes du texte. Le plan doit être concis et efficace. Chaque partie du plan est une réponse à une question. Chacune de ces questions permet de répondre au problème général. il faudra montrer, dans votre explication, comment chaque partie est connectée au problème général.
     

    Question et problème.


    Il n’y a pas de trucs pour découvrir infailliblement un problème. Cela suppose des connaissances philosophiques, une culture générale, peut-être simplement de la curiosité, un goût pour les énigmes et les problèmes. Mais on peut quand même dire quelques petites choses.

    Le mieux, pour comprendre ce qu’est un problème, est de regarder précisément un corrigé, i.e. en ne tenant pas seulement compte de sa forme, mais surtout de son  contenu.

    Voici ce qu’on a dit plus haut : 
    Pour formuler le problème, il faut partir d’un problème général, qui indique de quoi le texte va parler et aboutir à un problème précis. Le problème précis consiste en une façon particulière de résoudre le problème général. Le but de cette partie consiste  à montrer la nécessité de la question particulière : pourquoi se poser cette question ? On montre (i) que cette question permet de répondre à un problème général intéressant (comment vivre? Sommes-nous libres ? Peut-on être heureux ? _c’est la question générale de départ) ; (ii) on montre quels concepts, quelles perspectives particulières mobilise le texte – pour parvenir à la question finale); (iii) les enjeux (on peut faire cela avec la thèse également).

    On ne peut identifier un problème à une question. il y a un problème quand une question n’est pas immédiatement compréhensible, quand plusieurs réponses peuvent être apportées. Une question comme « où est le sel ? » est immédiatement compréhensible. La question qui formule un problème ne l’est pas. Il faut comprendre pourquoi elle se pose et comment la comprendre.

    Il faut d’abord montrer sur quoi porte le texte. Essaie-t-il de répondre à une question métaphysique ? à une question sur le bonheur ? à une question politique ? Il faut identifier une question générale, à laquelle le texte répond : Comment être heureux ? Qu'est-ce que le bonheur ? Sommes-nous libres ? Quels sont les rapports entre justice et égalité ?)

    Il faut ensuite montrer comment le texte répond à cette question, ce qui est précisément formuler un problème. On peut :
    – montrer que le texte remet en question une thèse commune
    – remet en cause une thèse philosophique particulière
    – essaie de résoudre un paradoxe
    – prend parti entre plusieurs options possibles
    on peut essayer de trouver une réponse alternative au texte et voir sur quoi elles divergent (c’est une des façons les plus simples de procéder). En général, elle ont une divergence conceptuelle (elle ne définisse pas le bonheur de façon identique : l'une le lie au plaisir et l'autre non, par exemple).
    ...
     
    Pour formuler un problème,  il faut effectuer un puissant travail de conceptualisation. Les problèmes philosophiques sont des problèmes conceptuels (on peut opposer liberté et déterminisme, vérité et mensonge, etc.). Regardez les corrigés à votre disposition. 


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